ÉGLISE SAINT MARTIN



  ORIGINES DE LA PAROISSE

 

 
Saint Martin - Statue du XVIe.

L'habitat est vraisemblablement ancien à Francheville car l'Histoire s'y manifeste très tôt. Il y a tout d'abord la voie Gallo-Romaine Condé-Jublains qui parcourt une partie de son territoire suivant un itinéraire analogue à la route Cintray-Francheville-Bourth mais situé un peu plus au sud. Cette voie comme toutes celles dites gallo-romaines remonte au moins au Ve siècle et est antérieure à la grande invasion des barbares (406) qui marque la fin de la civilisation issue de Rome. Autre témoignage ancien, celui dû à la création de Verneuil par Henri ler Beauclerc en 1120. Les « ingénieurs » du Roi d'Angleterre, Duc de Normandie chargés d'amener à Verneuil une partie des eaux de l'Iton pour les fortifications du nouvel établissement militaire, avant de faire leur prise d'eau au point où elle existe encore aujourd'hui (Le Becquet) avaient tenté de l'établir à La Rouillardière. Il est resté de ce travail abandonné pour des raisons de nivellement un canal de quelques centaines de mètres rempli d'eau. Tous ces travaux hydrauliques amenèrent au dire des chroniqueurs un grand nombre d'ouvriers et un habitat même temporaire dût s'y implanter. Par ailleurs certains. hameaux sont attestés très anciennement : La Haye de Lucéy (1198), Malicorne (1145) le Pont-Thibout (1207).

Dès le début de l'époque Normande (Xe siècle) l'Abbaye de Saint-Laumer de Blois possédait des biens et des établissements religieux (prieurés) dans la région de Verneuil et de l'Aigle. Les moines bénédictins de Saint Laumer primitivement installés à Corbion (Moutiers au Perche) avaient fini par se fixer définitivement - après maintes péripéties - en 924 à Blois. Les biens qu'ils possédaient dans notre région et dans le Perche devaient certainement remonter à des donations fort anciennes alors qu'ils étaient à Corbion. Ces possessions se répartissaient en deux groupes : l'un situé aux environs de l'Aigle et particulièrement important avec entre-autre le prieuré de Saint Sulpice sur Risle leur avait été concédé par les seigneurs de l'Aigle. L'autre situé aux environs de Verneuil (Longuelune, Charnelles, Balines, Francheville) avait pour origine un seigneur féodal notable dont le nom ne nous est pas parvenu ; nous pensons qu'il pourrait s'agir d'un seigneur de Tillières, famille alors très puissante dans la contrée et dont relevait féodalement entre autre Francheville.

Par une charte dont la date nous est inconnu, mais émise entre 1100 et 1135, Henri ler Beauclerc duc de Normandie confirma à Saint Laumer de Blois toutes les possessions que cet établissement avait en Normandie « ainsi qu'il les tenait du temps du roi Guillaume (Le Conquérant) son père ». Dans cet acte figure explicitement l'église de Saint Martin de Francheville. Ces biens furent par ailleurs reconnus par une bulle du pape Pascal II vers les années 1099-1118. Ainsi donc Francheville existait en tant que paroisse dès la fin du XIe siècle retenons avec certitude l'an 1100.

Il faut noter qu'il exista autrefois sur le territoire de la paroisse de Francheville un prieuré dépendant aussi de Saint Laumer de Blois et également placé sous le patronage spirituel de Saint Martin (actuellement c'est le hameau du Prieuré).


  ÉDIFICE

 

 

L'église de Francheville est constituée de trois parties différentes :

  - La Nef

C'est la partie la plus ancienne de l'église, les murs sont en blocage de silex et de grison. Quelques détails du mur sud sont de caractère roman : contrefort plat ; ouverture cintrée, aveugle percée dans un bloc de grison unique. Il est difficile de dater l'époque de la construction qui est vraisemblablement antérieure au XVe. Le mur nord a été diminué de hauteur comme on peut le constater au niveau des fenêtres qui ont perdu leur moulure Francheville - L'Orgue de l'Eglise Saint Martin. supérieure, ceci vraisemblablement à l'occasion d'un remaniement de toiture. Notons en effet que c'est un plan unique de toiture qui recouvre la partie nord de la Nef et le bas-côté qui lui est accolé. Les fenêtres côté-sud ont été remaniées au XVIe.

A Noter : l'orgue, l'une des curiosités de l'Église de Francheville. C'est un instrument ancien qui vient d'être totalement refait par M. Jean-Jacques Mounier, facteur d'orgues habitant Francheville. Le Grand-Orgue est ancien en partie, mais le positif est entièrement neuf : sur les volets peinture dans le style de la Renaissance Espagnole réalisée par le peintre Ladous.

  - Le Choeur

Francheville - Le Choeur de l'Eglise Saint Martin.

C'est une construction polygonale en pierre blanche édifiée sur un soubassement de grès dans la deuxième moitié du XVIe. Au nord du Choeur et en prolongement du bas-côté a été édifiée à la même époque une chapelle a deux travées et deux pignons extérieurs. À l'opposé, au sud duu choeur s'ouvrait à cette époque une porte donnant à l'extérieur et aujourd'hui bouchée, elle était décorée extérieurement de riches sculptures dont il ne reste aujourd'hui que des épaves.

  - La Tour

Cette tour élégante et qui donne sa personnalité à l'edifice est une construction tardive, puisqu'elle ne fut édifiée qu'en 1611. Nous avons eu la bonne fortune de trouver mention du contrat d'édification de celle-ci, où nous lisons en particulier ce qui suit :

« Marché et accord fait par les paroissiens de Francheville pour la confection de la tour dudit lieu - pour la tour seulement et non pour le dôme - avec le nommé Clouet du bourg de Tillières et aussi le nommé Gravelle des Baux, le 11 Juillet 1611. Suivant le toisé joint audit acte, elle contient en sa hauteur 58 pieds et 10 pouces ... La somme de 1630 livres est ce qu'a coûté la tour »

Il s'agit d'une tour carrée avec contrefort, édifiée en grès dont certains de réemploi. Elle est percée au rez-de-chaussée de deux portes latérales et à l'étage de deux baies cintrées. Le sommet de la tour est surmonté d'une flêche élancée à charpente de bois.


  PLAN

 

 
 
Francheville - Plan de l'Eglise Saint Martin
PORCHE
(1) Deux bénitiers en grés du XVe.
NEF
(2) Bibliothèque décorée de trois reliefs en bois, représentant des angelots, XVIIIe, œuvre de Robert Ladou peintre franchevillais.
(3) Saint-Léonard-de-Noblac, patron des prisonniers, groupe sculpté, fin du XVe.
(4) Fonds baptismaux à cuve octogonale, en pierre, décorés sur la cuve de trois têtes de personnages, double cuve en plomb, couvercle en bois, du XIVe.
(5) Saint Jacques le majeur, statue en plâtre moulé et sculpté, polychromie du XVIIe.
(6) Saint-Gilles, statue en pierre, polychromie du XVIe.
(7) Saint-Eustache, statue en pierre calcaire, polychromie du XVIe.
(8) Sainte-Catherine d'Alexandrie, statue en pierre, polychromie du XVIe.
(9) Charité de Saint-Martin, groupe sculpté en pierre calcaire, polychromie du XVIe.
(10) Pierre tombale en grés de 1611
Inscription : « CY GISENT ET/REPOSENT JEHAN/ DE BEAUMARCHES/ET MATHERIE SA/FEM LESQUES DE/CEDERENT LE 23/ET 29 DE MAY 1611/PRIEZ DIEU POUR EU/X » et décor de croix et larmes.
(11) Pierre tombale en pierre de 1632.
Inscription : « CY GIST [ET] REPOSE LE CO/R.P.S. DE FEU/RO/BE[R]T REGNAUT/DECEDE EN/1632 PRIEZ DI/EU POUR LUY ».
CHŒUR
(12) Saint Eloi, statue en pierre, polychromie fin du XVe ou début du XVIe.
(13) Deux plats de quête en métal cuivreux estampé du XIXe.
(14) Cuve d'une chaire à prêcher en bois peint et faux bois, datée du 1660.
(15) Saint Jérôme, statue en pierre, polychromie du XVe ou XVIe.
(16) Retable majeur en bois, polychromie du XVIIe.
Fronton arrondi soutenu par deux colonnes torses ornées de vignes, deux autres colonnes torses de part et d'autre, fronton orné de Dieu le Père sur une nuée ; statues de Saint-Martin (statue en bois, polychromie du XVIIe) et Saint-Eustache (statue en bois, polychromie du XVIIe) dans deux niches décorées de pilastres cannelés et à fronton triangulaire (décor, cornes d'abondance, feuillage tournesols, angelots).
(17) Poutre de gloire. Le beau calvaire en bois, avec statues de la Vierge, SaintJean et le Christ en croix a été transféré au centre du retable.
Il est en bois polychrome du fin XVIIIe ou début XIXe, repeint en 1835 ; les statues de la Vierge et Saint-Jean du XVe ou XVIe.
(18) Annonciation de Caroline Bertrand, tableau huile sur toile du XIXème siècle.
(19) Sainte-Anne, statue en bois peint marron du XVIIe.
(20) Vierge à l'enfant, statue en pierre, polychromies du XVIe.
VITRAUX - NEF

Celui qui domine les fonds baptismaux est de Bernard AUGUST. Il illustre le baptême et la résurrection.

Ceux situés à gauche de l'entrée, jusqu'à la chapelle de la Vierge sont des vitraux non figuratifs, aux tons dorés et chauds où dominent le jaune et le rouge.

Quant aux quatre vitraux de droite, ils symbolisent les quatre saisons. Ils sont tous du 20 ème siècle.

(31) Baie N° 2: Verrière représentant « la nativité » et « la fuite en Egypte » datée de 1873.
(32) Baie N° 4 : Verrière représentant « L'Atelier de Nazareth » et le « Christ parmi les docteurs » datée de 1873.

  PAROISSE DÉDIÉE À SAINT MARTIN

 

 

La Confrérie de Charité de Francheville, sous le patronnage de Saint-Martin, possède des chaperons et bannières ornés de l'effigie de son Saint-Patron. Ils ont été exposés en 1947 à Giverville au congrès des Charités Normandes, ainsi que le livre de la Confrérie sur lequel on pouvait voir une belle gravure en couleurs de Saint-Martin, Evêque, et une statuette du même Saint en bois doré provenant sans doute d'un bâton de procession.

L'église de Francheville a été restaurée, mais elle a conservé son groupe de charité de Saint-Martin signalé par le chanoine Bonnenfant. C'est une sculpture en pierre polychromée de 1m50 sur 1m20, datant du début du XVI ème siècle. Plusieurs particularités en font une oeuvre très originale. Tout d'abord le cavalier est à l'envers, c'est à dire que le cheval présente son flanc droit (c'est le contraire habituellement). Le pauvre, au lieu d'être derrière cheval est placé à côté de SaintMartin. Il se couvre la tête et les épaules sous le pan du manteau que le cavalier commence à découper. Amputé du pied gauche, il est à genoux et ne porte pas de béquilles. Il y a dans cette statue une recherche du pathétique et peut-être une certaine préciosité qu'on ne trouve généralement pas ailleurs.